L’Inconscient, mais de quoi s’agit-il concrètement?

Dans le monde du développement personnel, qui n’a jamais entendu parler de ce fameux « inconscient » dont nous disposerions tous? D’ailleurs, pour adapter le terme à son public ou pour mieux vendre son concept ou encore pour créer l’effet de nouveauté, les coachs en développement personnel rivalisent d’appellations: « potentiel illimité », « ressources cachées », « mental », « mental réactif », « subconscient »  … …

Mais très concrètement qu’est ce que c’est que cette « chose » dont on nous explique qu’elle est à l’origine de toutes nos souffrances intérieures, de toutes ces limites handicapantes qui nous empêchent de réaliser nos projets, d’être heureux dans notre peau et dans notre tête…  Bref, l’inconscient serait, nous explique-t-on, en quelque sorte le dieu de la destinée de notre organisme, de tout notre être social.

photo-inconscient-humainJ’aimerais donc dans cet article partager avec vous la définition et les contours exacts de cet inconscient, son histoire et comment fonctionne-t-il réellement. Nous devrions apprendre à découvrir de nouvelles choses qui ne devraient pas restées uniquement dans le champs des « spécialistes de la question ». Prenez donc cet article, comme une sorte de cours simplifié de fac où le prof tente d’enseigner objectivement une science… mais en termes simples puisqu’il s’agit de quelque chose de « concret » (enfin plus ou moins)…

Qu’est ce que l’inconscient ?

En psychanalyse l’inconscient est définit comme une « instance psychique constituée des représentations et des désirs inaccessibles à la conscience« . ( la psychanalyse est la science psychanalyse qui traite des troubles de la personnalité à travers l’inconscient)

La théorie de l’inconscient constitue la pierre angulaire de la psychanalyse. Pour Sigmund Freud, l’inconscient est une structure psychique essentielle et dynamique, déterminée par des mouvements pulsionnels refoulés. Le développement actuel des neurosciences permet d’étudier sous un angle nouveau la formation et les manifestations de l’inconscient, comme leurs relations avec les structures cérébrales. La pensée inconsciente présente également des dimensions cognitives et sociales, qui diffèrent de l’inconscient au sens psychanalytique du terme.

Les premières découvertes de l’Inconscient

Au xviie siècle, des philosophes réfléchissant au fonctionnement de l’esprit humain supposent que des déterminismes inconscients influencent les comportements à l’insu des individus. Contrairement à René Descartes, qui refuse l’hypothèse de processus inconscients, Baruch Spinoza considère que la conscience ne peut rendre compte à elle seule de la pensée et des désirs. De même, Gottfried Leibniz, l’un des principaux penseurs de l’inconscient en philosophie, décrit dans ses Nouveaux Essais sur l’entendement humain (écrits en 1704) les perceptions infimes et innombrables, « sans aperception et réflexion », les « changements dans l’âme dont nous ne nous apercevons pas ». Ces petites perceptions ne sont pas directement accessibles à la conscience, mais elles s’intègrent les unes aux autres et forment des perceptions globales plus intenses, qui peuvent parvenir à la conscience. Pour Leibniz, la conscience émerge à partir de l’activité inconsciente. Il n’emploie pas explicitement le terme d’inconscient, contrairement aux philosophes allemands du xixe siècle telsArthur Schopenhauer etFriedrich Nietzsche. L’inconscient se rapporte pour eux aux instincts, comme l’instinct sexuel, à une force vitale qui guide nos comportements et nos actions. Ainsi, pour Nietzsche, la conscience n’est que l’expression de pulsions corporelles inconscientes, une large partie de l’activité intellectuelle s’effectuant en dehors de la conscience.

L’Inconscient selon la Psychanalyse

S’il n’a pas « découvert » l’inconscient, Sigmund Freud a apporté des analyses indispensables à sa compréhension et en a fait l’hypothèse fondatrice de la théorie psychanalytique. En 1900, dans l’Interprétation des rêves, il décrit la vie psychique sous l’angle du sens des rêves, dont il montre qu’ils expriment et révèlent des désirs inconscients. Il distingue le contenu manifeste et le contenu latent, c’est-à-dire inconscient, pour comprendre la signification des rêves. Pour Freud, « le rêve est la voie royale qui mène à l’inconscient », notamment par la technique des associations libres. Dans cet ouvrage, acte de naissance de la psychanalyse, il montre que le psychisme fonctionne sur la base de deux types de processus, baptisés processus primaire et processus secondaire, régis respectivement par le principe de plaisir et le principe de réalité. Dans le cas du processus primaire, l’énergie est tournée vers la satisfaction immédiate des désirs, des pulsions ; il s’agit de processus inconscients, guidés par le principe de plaisir, selon lequel l’activité psychique tend à éviter le déplaisir et à rechercher une satisfaction. Les processus secondaires, conscients, dépendent du principe de réalité, qui vient corriger les conséquences du principe de plaisir en fonction des conditions du monde extérieur. Dans ce dispositif, le processus par lequel la psyché refuse l’accès à la conscience des pulsions, le refoulement, est un élément essentiel de la formation de l’inconscient : il est un mode de défense qui oblige des désirs et des pensées à rester en dehors de la conscience.

L’apport principal de Freud est d’avoir considéré l’inconscient comme une structure centrale du psychisme, dotée d’une dynamique propre. L’appareil psychique est donc largement inconscient, composé de pulsions refoulées et de résistances destinées à protéger la conscience de leurs intrusions puissantes et permanentes. Formé depuis l’enfance, avec les interdits parentaux, l’inconscient se développe pour devenir un réservoir d’énergies, de fantasmes, d’émotions, de tensions qui ne peuvent s’exprimer socialement. Néanmoins, les désirs inconscients trouvent un mode d’expression en déformant ou contournant la censure, par le biais des rêves, des actes manqués, des lapsus.

Le fonctionnement de l’Inconscient

Pour expliquer le fonctionnement psychique, Freud propose deux théories, correspondant à deux étapes de sa réflexion. La première théorie (connue sous le nom de première topique), formalisée à partir de 1896, propose la description de trois systèmes complémentaires : le conscient, partie la plus externe et superficielle du psychisme ; le préconscient, qui limite les expressions pulsionnelles en les refoulant ; et l’inconscient, qui est l’instance la plus archaïque de l’appareil psychique. La seconde topique, initiée dans les années 1920 à la suite de la mise en évidence des principes de plaisir et de réalité, complète les systèmes précédents par trois structures psychiques : le ça, le surmoi et le moi. Le ça, totalement inconscient, est le domaine des pulsions, notamment les pulsions sexuelles (ou libido), qui recherchent les satisfactions les plus immédiates. Il s’agit d’une force primitive, opposée à la raison, que Freud compare à une « marmite pleine d’émotions bouillonnantes ». Sa puissance, pour Freud, « tend à satisfaire les besoins innés de l’individu ». Le surmoi, également dans l’inconscient, est l’instance de refoulement et de censure, constituée sur la base de l’intériorisation inconsciente des interdits parentaux. Le moi, dépendant de l’inconscient et du préconscient, cherche l’équilibre entre la force des pulsions et celle des interdits, pour permettre l’adaptation de l’individu à la vie sociale.

Le psychanalyste français Jacques Lacan s’est attaché à la relecture de l’œuvre freudienne, en affirmant l’importance de l’inconscient dans la vie psychique. Pour lui, il n’y a pas d’inconscient sans langage, allant jusqu’à considérer que « l’inconscient est structuré comme un langage », dont il faut distinguer les signifiés (les concepts, idées, pensées) et les signifiants (la forme linguistique correspondante). Les signifiants sont essentiels puisque, selon Lacan, « l’inconscient ne connaît que les éléments du signifiant ».

L’Inconscient développé par un célèbre élève de Freud

Longtemps héritier désigné de Freud, le psychanalyste suisse Carl Gustav Jung développe une conception très originale de l’inconscient. Alors que l’inconscient est immuable chez Freud, l’inconscient selon Jung comporte une dimension de croissance et cherche à évoluer. En outre, l’inconscient doit être considéré comme un ensemble de deux inconscients distincts, l’inconscient personnel et l’inconscient collectif. Le premier, proche de la conception freudienne, se construit sur la base de l’histoire individuelle, des désirs personnels et de leur refoulement. En 1928, dans l’Énergie psychique, Jung explique que l’inconscient collectif regroupe « des contenus qui sont universels et qui apparaissent régulièrement ». Il s’agit d’une couche inconsciente très profonde, commune à tous les individus, et qui communique avec la conscience. L’inconscient collectif est structuré par les instincts et les images primordiales, appelés aussi archétypes, qui sont des dispositions dynamiques et innées se manifestant dans les symboles et les mythes. Parmi les archétypes principaux se trouvent la Grande mère, donneuse de vie et consolante, le Vieux sage et sa connaissance profonde et philosophique de la vie, et l’anima, c’est-à-dire la personnification de la nature féminine dans l’inconscient de l’homme (l’animus étant l’équivalent masculin dans l’inconscient de la femme). Déterminants essentiels du développement humain, ils ne sont pas directement accessibles à la conscience mais se manifestent par les rêves et dans les comportements. Dans les Racines de la conscience (1954), Jung précise que les archétypes ne sont pas des coquilles vides : « une image primordiale n’a un contenu déterminé qu’à partir du moment où elle est emplie du matériel de l’expérience consciente. » Il a également développé la notion d’ombre, c’est-à-dire la partie cachée de la personnalité qui rejette dans l’inconscient l’ensemble des éléments psychiques, personnels et collectifs, incompatibles avec le mode de vie consciemment choisi.

Une conception très scientifique de l’Inconscient: l’inconscient neuro-psychanalytique

Depuis le début des années 1990, des neuroscientifiques et des psychanalystes tentent de croiser leurs approches pour comprendre différemment les phénomènes psychiques, et notamment leurs fondements neuronaux. Ils ont formalisé une nouvelle discipline, la neuropsychanalyse, qui s’appuie sur les découvertes du fonctionnement du cerveau, grâce aux recherches en imagerie cérébrale. Des études montrent notamment qu’un ensemble de structures cérébrales, le système limbique, est impliqué dans le traitement des émotions et la mémoire. Certains neuroscientifiques supposent que cette zone des affects et des pulsions correspond au ça freudien, tandis que le moi et le surmoi seraient liés à des régions situées dans lecortex frontal, contrôlant l’inhibition et les pensées conscientes. Pour le neurologue américain Antonio Damasio, l’inconscient au sens psychanalytique pourrait s’enraciner dans les réseaux neuronaux de la mémoire autobiographique. Ainsi, comme le supposait Freud, l’appareil psychique peut être approché sous l’angle biologique.

Comment l’homme est façonné au gré de son Inconscient ?

Distinctes de l’inconscient freudien, des dimensions non conscientes de la pensée humaine sont étudiées depuis les années 1980. En 1987, le psychologue américain John F. Kihlstrom publie un article dans la revue Science, qu’il titre « The cognitive unconscious » (« l’inconscient cognitif »). Il y présente des recherches qui révèlent l’impact de processus mentaux non conscients dans les perceptions, les pensées et les actions. L’effet d’amorçage est emblématique de la perception non consciente : par exemple, un sujet voit défiler sur un écran d’ordinateur une liste de mots, parmi lesquels il doit désigner le plus rapidement possible les noms de fruits ; si un nom de fruit est précédé par une image correspondant à ce fruit, le sujet sera plus rapide à répondre, même si l’image a été présentée trop rapidement pour parvenir à sa conscience. Outre la perception implicite, l’inconscient cognitif se manifeste dans la mémoire et les apprentissages. La mémoire implicite a été découverte par l’étude de personnes amnésiques qui ne souviennent pas des individus qu’elles rencontrent, mais réagissent positivement ou négativement lorsqu’elles les revoient. Il leur reste un souvenir inconscient de la rencontre, qui modifie leur attitude. En termes d’apprentissages implicites, l’exemple le plus frappant est la manière dont les enfants apprennent la langue maternelle et l’utilisent correctement, avant que les règles linguistiques leur soient enseignées. L’enfant d’âge préscolaire, par ses expositions permanentes au langage, déduit inconsciemment les règles et les utilise, sans être capable de les décrire.

La sociologie s’intéresse à d’autres manifestations inconscientes, qui correspondent aux influences sociales. Appris et intériorisés, les stéréotypes, les schémas de pensée, les représentations conditionnent nos comportements, agissant comme un conditionnement social largement inconscient. Le sociologue français Pierre Bourdieu a développé le concept d’habitus pour désigner la grammaire sociale issue du milieu d’appartenance. Il s’agit des prédispositions à penser et agir en fonction des normes et des valeurs qui ont été intériorisées depuis l’enfance, au fil des expériences sociales. L’habitus va exprimer des tendances comportementales, différentes d’un individu à l’autre. Les études sur les influences sociales montrent également des décalages entre les croyances conscientes et inconscientes. Ainsi, il apparaît que les préjugés ethniques existent sur deux niveaux, l’un automatique et inconscient, l’autre contrôlé et conscient. Par exemple, un même individu peut avoir intériorisé la norme de l’antiracisme et l’exprimer publiquement, tout en jugeant implicitement les personnes d’origine africaine plus négativement que les autres. Selon le contexte, les stratégies de contrôle de soi sont plus ou moins efficaces, laissant surgir des représentations stéréotypées.

Après avoir été étudiés du point de vue philosophique et surtout psychanalytique, les processus inconscients se révèlent dans la vie cognitive et sociale. La psychologie évolutionniste poursuit aujourd’hui cette relecture, en s’intéressant aux instincts humains hérités de l’évolution de l’espèce (comme l’aptitude au langage) et à leurs expressions actuelles.