Les mouvements troublés liés à la manifestation de la timidité

image-timide-ridiculeOn a dû montrer dans l’article précédent le rapport des éléments psychique et moteur de la timidité.

Mettons de côté les éléments psychiques, et étudions exclusivement le processus moteur de la timidité. Je ne décrirai ici pas les mouvements liés à la timidité tels que le tremblement des lèvres, le clignotement des yeux, la toux, le ricanement, la dilatation des vaisseaux capillaires, ou rougeur, etc. Mais on se contentera de classer ces mouvements et d’en rechercher (dans un prochain article) l’origine et la nature.

Le processus moteur de la timidité

Ils se rangent à première vue en trois groupes : ceux qui déterminent la timidité, ceux qui l’expriment et ceux qui la déguisent. On va voir que, si divers qu’ils paraissent, tous ces mouvements ont la même origine et sont de même nature.

Les déterminants de la timidité

Tout d’abord la distinction des mouvements qui produisent la timidité et de ceux qu’elle produit est artificielle. Il y a sans doute deux timidités l’une, à origine périphérique, l’autre, à origine centrale. Tantôt c’est l’attitude embarrassée qui évoque le sentiment de la timidité, tantôt c’est le sentiment de la timidité qui provoque la gêne ou le trouble des mouvements.

conversation-difficile-imageAinsi la rougeur cause la honte, et la honte fait rougir. Qu’une femme s’avise qu’elle est laide, mal habillée, et que cela se voit, elle perdra aussitôt l’aisance et la grâce qui lui sont naturelles, elle sera déconcertée. Mais elle aurait pu aussi bien être déconcertée d’abord, et s’aviser seulement après coup qu’elle est laide, mal habillée, et que cela se voit.

La timidité est donc inséparable des mouvements qui l’accompagnent, et qui en deviennent les signes extérieurs. Ajoutons que ce qu’on appelle le sentiment de la timidité est la représentation anticipée des mouvements qui l’expriment. Être intimidé en effet, c’est évoquer toutes les sottises ou maladresses que peut faire commettre la timidité; la timidité, c’est la gaucherie qui se conçoit et se sent venir.

Il est absolument impossible de cacher sa timidité

Ainsi les mouvements que produit la timidité sont les mouvements mêmes dont ce sentiment dérive, remémorés et reproduits, et ces mouvements deviennent ensuite, pour un spectateur du dehors, les signes de la timidité.

Bien plus, les mouvements par lesquels la timidité se déguise sont ceux mêmes par lesquels elle s’exprime refrénés ou retournés.

La timidité se fait peur à elle-même; elle craint surtout de se montrer aux yeux des autres; elle se retient d’être et de paraître. Les mouvements par lesquels elle est produite et s’exprime seront donc comme ressaisis, arrêtés au passage de là l’attitude raide et guindée du timide, sa sobriété ou son absence de gestes, sa voix blanche.

Le timide ridicule

Mais il y a deux manières de ralentir ou de suspendre un mouvement : l’une, directe, consiste à agir sur le muscle qui le produit, l’autre, indirecte, consiste à agir sur les muscles antagonistes.

Il suit de là que la timidité suscitera parfois des mouvements contraires à ceux qu’elle produirait naturellement. Ainsi le timide, au lieu de rester muet, immobile, parlera beaucoup et très haut, se démènera, fera beaucoup de gestes il exprimera ou s’efforcera d’exprimer les sentiments qui lui manquent, l’audace, la confiance… C’est ainsi que beaucoup de timides se surprennent eux-même à faire des gestes ridicules, bizarres, insensés qui échappent complètement à leur volonté …

L’unicité des causes de la timidité

En résumé, les mouvements qui déguisent la timidité sont ceux qui l’expriment, retenus ou contrariés, ceux qui l’expriment sont ceux qu’elle engendre naturellement, et ceux qu’elle engendre sont ceux qui la produisent, évoqués et suscités par l’imagination.

Les mouvements de la timidité, ainsi ramenés à l’unité, sont également tous soumis à une même loi : la loi d’association.

Ainsi, un mouvement gauche en suscite d’autres, toute gaucherie tend à se généraliser. La gaucherie se produit de deux manières : soit l’éveil spontané d’un tic, d’une habitude vicieuse, d’une maladresse quelconque, est le point de départ et le signal d’une stupidité générale, d’un abêtissement du corps et de l’esprit, soit au contraire une disposition générale à la maladresse, un malaise du vouloir, se traduit par quelque éclat fâcheux, qui en entraîne d’autres.

Et tout le système s’emballe …

Mais la timidité affecte toujours le système moteur tout entier. De là les conséquences suivantes. Qu’on laisse échapper un seul mouvement gauche, et qu’on en ait conscience, surtout qu’on le croie remarqué, aussitôt le branle est donné, tout l’appareil moteur se démonte, la crise d’intimidation éclate.

Inversement, si on pouvait supprimer le mouvement initial de l’intimidation, on supprimerait, dans bien des cas, l’intimidation elle-même. Ainsi, combien de personnes ne seraient plus intimidés, si elles pouvaient par exemple s’empêcher de rougir !

image-depression-solitude-amitiéC’est en partant de cette idée que beaucoup de personnes ont recours à la méthode radicale afin de résister à l’intimidation. C’est le cas par exemple de certains grands artistes timides, comme Gainsbourg entre autres, qui fument de l’herbe ou prennent de la drogue lors de leur apparition publique.

C’est le cas de cet individu qui enraye ses accès d’intimidation par l’emploi de la cocaïne sous forme de collyre dont il explique lui-même l’histoire dans un livre « J’ai la vue faible, dit-il, et mes yeux clignotent à la lumière trop vive. La cocaïne ayant pour effet d’immobiliser l’œil momentanément, quand j’en fais usage, je puis fixer mon interlocuteur, et cela me donne de l’aplomb. »

Et si on ose extrapoler, on dirait que chez beaucoup de femmes et hommes, l’usage du fard et ces nombreux accessoires de maquillages, du voile, etc ont peut-être une origine analogue !

De même encore, s’il suffit d’un mouvement gauche pour ôter à l’ensemble des mouvements leur justesse, il suffira d’un mouvement juste pour la rétablir.

C’est pourquoi, quand on est intimidé, instinctivement on s’agite, on se démène au lieu de rester coi on sent bien que, s’il arrive de rencontrer un mouvement naturel, une parole juste, on se raccrochera à ce mouvement, à cette parole, et on retrouvera son aisance. Sans doute on ne réussit pas toujours ainsi à enrayer, on ne fait bien souvent que précipiter l’accès d’intimidation, mais enfin l’effort est louable et quelquefois aboutit.

L’agitation convulsive que produit parfois la timidité se trouve ainsi expliquée elle a sa finalité et même son utilité relative.

Rendez-vous dans le prochain article pour la suite…