Nelson Mandela, un repère pour accéder à la paix intérieure

nelson-madiba« En franchissant la porte de la prison, je me suis dit que, si je continuais à les haïr, je resterais à                                                             jamais leur prisonnier »

Cher lecteur, le 5 décembre 2013, le sage et homme politique sud-africain Nelson Mandela nous quittait, après avoir été prisonnier pendant plus de 27 ans et condamné à perpétuité. Il fut libéré, reçut le Prix Nobel de la Paix (1995) et fut élu démocratiquement président de son pays.

Cet homme, à qui le monde entier a rendu un hommage mérité, a marqué l’histoire de notre ère non seulement par ses pensées, mais parce que ses actes et sa vie politique et privée ont été la manifestation de ses pensées. On peut écrire des centaines de livres sérieux sur ce monsieur. Mais à mon sens, quand y pense très profondément, toute la sagesse et la philosophie de vie de Nelson Mandela lui provient et réside dans le pardon. Plusieurs d’entre nous croient que le pardon concerne seulement des relations entre deux ou plusieurs personnes. Or le sens subtil et profond du pardon concerne en premier lieu le moi, c’est-à-dire entre la personne et elle-même (moi et moi-même, toi et toi-même). En effet, on ne peut accéder au bonheur, quelque soit notre définition du mot bonheur,  on ne peut y accéder sans mettre en œuvre dans sa vie le pardon dans son sens subtil. Car sans cela, même le pardon dans son sens objectif (c’est-à-dire notre rapport aux autres) ne peut fonctionner. En d’autres termes, tu ne peux pas pardonner à quelqu’un sans être capable de te pardonner à toi d’abord.

Pour nous aider à y arriver Nelson Mandela a été pour ça ! Ce sont donc ses pensées sur le thème du pardon qui ont suscité en moi plusieurs réflexions et que j´aimerais maintenant partager avec toi aujourd’hui.

Quand quelqu´un nous a porté préjudice, il existe toujours la possibilité de pardonner. Le pardon n´est ni l´excuse, ni la justification, la négation du préjudice ou encore le synonyme de l´oubli : il n´est pas forcément synonyme de réconciliation non plus. Il s´agit, en effet, d´une décision personnelle et intransmissible dont chacun est responsable.

Cela vaut la peine de pardonner? Puis-je pardonner? Je veux vraiment donner mon pardon? Cela va-t-il servir à quelque chose ?… Ce sont des questions que nous pouvons nous poser et c´est en fonction de nos réponses que nous ferons le premier pas.

La psychologue Sonja Lyubomirsky nous dit ceci : “Tu pardonnes pour toi-même, non pas pour la personne qui t´a blessé ”.

Une fois libéré de son emprisonnement à cause de sa lutte contre l´apartheid, Nelson Mandela avait fait la réflexion suivante, qui rejoint certainement l´idée transmise de pardon pour soi-même:

“En franchissant la porte de la prison, je me suis dit que, si je continuais à les haïr, je resterais à jamais leur prisonnier”

Cher lecteur, c´est grâce au pardon que nous allons pouvoir vivre différemment ce qui s´est passé, avec des sentiments moins douloureux et des émotions plus sereines.

Essayer de comprendre les choses du point de vue de l´autre, et faire mémoire des situations où nous avons reçu le pardon des autres sont deux résolutions à prendre pour nous aider à pardonner.

Les défis, ainsi que les coups durs de la vie, sont une constance. Ils sont circonstanciels dans notre existence et nous situent devant l´alternative de vouloir accorder notre pardon ou pas.

“Une offense ne signifie rien si tu l´écartes de ta mémoire”   Confucius.

Quelle est donc la relation  entre le pardon et l´oubli? Pardonner, c´est oublier ? Oublier, c´est pardonner? Que signifie l´expression “je pardonne mais je n´oublie pas”?

L´acte du pardon est un acte de volonté. L´action qui consiste à oublier, par contre, est un acte relié à la mémoire qui ne répond pas dans l´instant aux commandes de la volonté.

Je peux décider d´oublier une offense ou d´oublier un souvenir désagréable sans pouvoir pour autant y arriver. L´offense reste alors dans les archives de la mémoire malgré la volonté d´oublier. Ce qui veut bien dire pour moi qu´oublier n´est pas synonyme de pardonner, parce que je peux décider de pardonner et je pardonne en prenant la décision de le faire, alors que si je décide d´oublier, le résultat n´est pas le même. Le pardon est donc compatible avec l´offense en mémoire.

Au contraire, l´expression “je pardonne mais je n´oublie pas” signifie, dans le fond, que je ne veux pas oublier, ce qui équivaut à ne pas vouloir pardonner. Pourquoi?

Parce que lorsque nous pardonnons, nous effaçons l´endettement de l´offenseur qui est quelque chose d´ incompatible avec la volonté qui consiste à vouloir la faire durer quand on ne veut pas oublier.

Pardonner, c´est vouloir oublier

Normalement, si la décision de pardonner, qui renferme en elle-même le désir d´oublier, de ne pas relever les insultes, se maintient avec fermeté, le souvenir de l´offense perdra en intensité, et dans de nombreux cas, elle finira par disparaître avec le temps.

Même si l´offense n´arrivait pas à disparaître, le pardon a eu lieu puisque son essence ne consiste pas à oublier mais à prendre la décision de libérer l´offenseur de sa dette envers nous. Le fait de me souvenir inconsciemment de l´offense ne compte pas quand je me dirige à la personne que j´ai pardonnée. C´est bien la preuve que j´ai pardonné même si je n´ai pas pu oublier.

Il est peut être impossible d´oublier, mais nous devons faire l´effort de le faire. Le vrai pardon exige que nous sachions agir de la sorte. Parce que “L’amour vrai ne médite pas le mal.” (1 Cor 13, 5).

D’autre part, l´oubli est-il synonyme de pardon?

Nous avons déjà vu qu´il s´agit de deux actions différentes. On peut pardonner une offense sans l´oublier, mais si le préjudice a été important, il faudra d´abord pardonner pour pouvoir oublier par la suite. C´est pour cela que l´oubli est une véritable confirmation du pardon lorsque l´offense a été grave et que la décision a été prise de pardonner.

L´écrivain argentin Jorge Luis Borges, l´un des auteurs les plus reconnus dans la littérature du XXème siècle, décrit avec une imagination remarquable la rencontre d´Abel et de Caïn quelque temps après l´assassinat. Cet épisode illustre très bien ce que je viens de dire:

“Ils marchaient dans le désert et ils se sont reconnus de loin parce qu´ils étaient très grands tous les deux. Les deux frères se sont assis par terre, ils ont fait un feu et mangèrent ensemble.
Ils restèrent assis en silence comme les personnes fatiguées en fin de journée. Dans le ciel, on pouvait observer une étoile qui n´avait toujours pas de nom. A la lumière des flammes, Caïn discerna la trace de la pierre sur le front d´Abel, il laissa tomber le pain qu´il allait porter à sa bouche et lui demanda le pardon de son crime.
Abel répondit: “Tu m´as tué ou c´est moi qui t´ai tué? Je ne m´en souviens plus, ici nous sommes ensemble à nouveau, comme avant. Je vois que tu m´as pardonné Caïn, moi aussi j´essaierai d´oublier”.

Cher lecteur, pardonner a des effets bénéfiques sur notre santé émotionnelle et physique : cela nous aide à nous sentir beaucoup mieux et nous permet d´aller de l´avant dans la vie.

Le pardon est un art, ça s’apprend à l’image du sport

Pardonner est un acte qui ne demande seulement que quelques secondes pour les experts de ce sport, et de plus, c’est une façon économique de garder la forme et de jouir d’une bonne santé, la plus économique que je connaisse.

Cher lecteur, dis-moi tu n’as pas pardonné depuis combien de temps ?

Pense un instant à l’impact négatif que la colère et le ressentiment exerce sur nous, tant sur le plan physique que mental. En gardant rancune contre quelqu’un, tu crées toi-même ton malaise. Se fâcher est quelque chose de stressant, source de tension physique et mentale. De plus, la colère limite nos pensées. La tension artérielle augmente ainsi que l’acidité dans l’estomac et la sécrétion d’adrénaline. En résumé, se fâcher est nuisible pour  notre santé. Même lorsque nous n’avons pas vraiment conscience de cet état de colère, nous nous sentons affligés, coupables et pleins de ressentiments qui nous font mal. Cet excès de bagage émotionnel peut entraîner des ulcères, des tumeurs, de l’arthrite, des ballonnements et d’autres séquelles du même ordre. La conclusion est donc évidente : la rancune n’est pas bonne pour la santé.

D’autre part, lorsque tu pardonnes quelqu’un (ou toi-même), de nombreux changements physiologiques et psychologiques s’activent positivement.

Tu te sens chaleureux et plus détendu, la respiration est moins pénible et tu notes avec soulagement le ralentissement des battements de ton cœur. C’est par le biais du pardon que tu vas ressentir à nouveau les sentiments de l’amour qui sont l’essence des relations humaines. Cette expérience amoureuse est plus importante que n’importe quel changement physiologique. N’oublie pas que c’est le comportement des personnes pour qui nous avons de l’intérêt et de l’affection qui nous amène à souffrir.

Le pardon
ne change pas le passé
mais le futur.

Il y a beaucoup de choses que l’on peut faire pour apprendre à pardonner. Voici une méthode que j’ai apprise dans ce livre passionnant “ La Loi du Miroir ” de Yoshinori Noguchi.

Voilà les quelques étapes à suivre:

  1. Fais une liste avec les noms des personnes que tu ne peux pas pardonner. Ensuite, choisis une d’entre elles.
  2. Exprime tes sentiments. Écris-les sur une feuille en utilisant les mots qui te viennent à l’esprit (même les insultes). Si tu éprouves le besoin de pleurer, pleure sans te retenir.
  3. Recherche les raisons pour lesquelles tu as tant souffert. Pourquoi est-ce que cette personne avait agi de la sorte? Ne juge pas, essaye de comprendre.
  4. Écris ce qui pourrait lui faire plaisir, écris le plus possible, même si cela te paraît insignifiant.
  5. Utilise la force des mots. Premièrement, fais la déclaration suivante: “ Pour mon propre bonheur, ma tranquillité et ma liberté, je te pardonne… (dis le prénom)” . Dis-le à voix haute pour que ton cœur l’entende.
  6. Écris les motifs pour lesquels tu veux t’excuser. Le mieux c’est d’en rédiger le plus possible.
  7. Rédige tout ce que tu as appris de cette relation. Pense comment tu aurais dû te comporter avec cette personne pour mener à bien cette relation. Comprends les raisons de son attitude. Quand tu auras terminé, déchire le papier et jette-le à la poubelle (ou encore mieux, brûle-le).
  8. Affirme bien fort: “ Je te pardonne … (dis le prénom,) ”.

Si après avoir accompli les huit étapes tu ne peux toujours pas pardonner, cela n’est pas grave. Dans ce cas, répète les pas à suivre du 2 au 5. Pour finir, souviens-toi de son visage en lui disant: “Merci… (Dis le prénom), tous les jours, pendant 5 minutes. Et si tu en as envie, prends ton courage à deux mains et appelle cette personne pour te réconcilier avec elle.

mandela-madibaNombreux sont ceux qui pensent d’une façon erronée que le fait de pardonner est synonyme d’abandon d’une cause, de passivité, de faiblesse, etc…. Mais en réalité, c’est totalement différent. Pardonner est un acte de volonté, une attitude qui demande du courage et de la discipline.

Il se peut que souvent tu te poses la question de savoir si le bon choix c’est de pardonner ou pas:

“ Pourquoi dois-je pardonner? C’est l’autre qui m’a blessé. Alors, pourquoi c’est à moi de pardonner? ”

En vérité, en pardonnant, c’est toi-même qui vas ressentir les bienfaits de cet acte, avant que les autres en bénéficient. C’est toi qui souffre des conséquences des ressentiments et tu sais que ton indulgence va t’apporter immédiatement ses bienfaits.

Si tu es réticent(e) au pardon, ou si tu n’en ressens pas vraiment l’envie, je te suggère de ne pas le dire à la personne que tu as pardonnée, mais de choisir plutôt de le faire dans l’intimité de ton esprit. Après avoir initié cette procédure, il est fort possible que tu sois surpris par la facilité avec laquelle tu vas rétablir la communication avec la personne avec qui tu es fâché.

Ouvrage recommandé dans cet article :

                          Nelson Mandela       

 

Un long chemin vers la liberté