La Perception : Qu’est-ce que c’est en psychologie ?

La perception est un processus par lequel les stimulations sensorielles sont structurées en expérience utilisable. À un niveau de complexité relativement bas, la psychologie perceptuelle porte sur des questions comme la façon dont une grenouille distingue les mouches parmi les milliers d’autres objets de son environnement. Mais à un niveau de complexité plus élevé, la psychologie perceptuelle cherche à élucider comment le cerveau traduit des lumières clignotantes immobiles en une impression de mouvement ou comment un artiste réagit aux couleurs et aux formes et traduit celles-ci dans sa peinture.

Percepts

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Influence du contexte dans la perception visuelle : Le contexte dans lequel un objet apparaît influence la perception que nous en avons. Ainsi, dans l’exemple A, le signe placé au centre de l’image est-il interprété comme un « B » si la séquence est lue de gauche à droite, ou comme un « 8 » si elle est lue de haut en bas. De même, dans l’exemple B, alors que le rond vert possède la même taille dans les deux figures, il semble plus petit dans celle de gauche car il est entouré de ronds plus grands.

Les psychologues de la perception reconnaissent que la plupart des stimulations sensorielles brutes et non organisées qui proviennent de la vue, de l’ouïe et des autres sens sont presque instantanément et subconsciemment « corrigées » en percepts ou expérience utilisable. Par exemple, une voiture roulant au bord de la route est vue en entier, quelle que soit la taille de l’image véritablement produite sur la rétine des yeux de l’observateur. De même, un thème musical peut être repéré dans un labyrinthe de notes et rythmes particuliers, quel que soit le nombre de changements de ton opérés par le compositeur. La perception ne consiste pas simplement à organiser les stimuli sensoriels directs en percepts. Les percepts eux-mêmes, produits de l’expérience passée, s’organisent à leur tour, augmentant ainsi la précision et la vitesse de la perception de l’individu.

L’étude et la théorie des percepts dépassent le champ de la psychologie et peuvent avoir des applications pratiques dans la psychologie de l’apprentissage et dans la psychologie scolaire et clinique. « Sous-perceptualiser », ou omettre d’organiser les stimuli sensoriels, revient souvent à vivre dans un monde semblable au chaos. « Surconceptualiser », ou organiser à tel point les stimuli sensoriels que ceux qui ne conviennent pas à l’organisation sont isolés, ou encore à percevoir des stimuli qui n’existent pas, consiste à vivre dans un état de dépression ou d’hallucination.

En dépit du rôle fondamental que joue la perception dans la vie des hommes et des animaux, même les plus simples, ses mécanismes demeurent encore en grande partie obscurs, pour deux raisons principales : d’une part parce que les chercheurs n’ont pas entièrement réussi à décomposer la perception en unités analysables, et d’autre part parce qu’il est difficile d’obtenir ou de répéter des résultats empiriques et scientifiquement vérifiables, dans la mesure où l’étude de la perception est fondée sur le compte rendu subjectif et introspectif qu’en fait l’individu.

Théorie Classique Sur La Perception

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Interposition :
Quand un objet dissimule partiellement la vue d’un autre objet, nous jugeons que c’est l’objet caché qui est le plus éloigné de nous.

Un des phénomènes sur lesquels se sont penchés les chercheurs est le principe de la constance perceptuelle. Dès qu’un objet a été perçu comme une entité identifiable, il tend à être considéré comme un objet ayant des caractéristiques permanentes, en dépit des changements d’éclairage, de position ou de distance à laquelle il apparaît. Ainsi, bien qu’un objet produise une image rétinienne beaucoup plus petite à 20 m qu’à 100 m, il sera perçu comme ayant une taille intrinsèque.

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Perspective aérienne : Quand nous regardons au loin sur de vastes distances, les points les plus éloignés paraissent brumeux ou flous. Cet effet est connu en peinture sous le nom de perspective aérienne. Elle nous aide à évaluer les distances : ici, les crêtes qui sont les plus éloignées apparaissent plus brumeuses et moins détaillées que les crêtes plus proches.

Selon la théorie de la perception classique formulée par le physiologiste et physicien allemand Hermann Ludwig Ferdinand von Helmholtz au milieu du XIXe siècle, la constance, tout comme la perception de la profondeur et la plupart des autres percepts, résulte de l’aptitude individuelle à synthétiser continuellement l’expérience passée et les signaux sensoriels présents. L’animal qui vient de naître ou l’enfant nouveau-né qui explorent le monde apprennent très vite à organiser ce qu’ils voient selon un schéma tridimensionnel, suivant en cela les principes découverts par Léonard de Vinci : la perspective linéaire, l’obstruction d’un objet lointain par un objet proche et l’augmentation du flou au fur et à mesure que s’éloignent les objets.

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Helmholtz (1821-1894), grande figure de la science du xixe siècle, a travaillé, entre autres sujets de recherche, sur les lois de la perception par une approche physique. Il a en particulier énoncé la loi dite de von Helmholtz, formulée d’après ses études sur le fonctionnement de l’oreille, qui établit un rapport mathématique entre l’intensité d’un stimulus et la sensation qu’il génère.

À l’aide des signaux tactiles et auditifs, l’enfant apprend rapidement une foule d’associations spécifiques qui correspondent aux objets du monde physique. De telles associations ou percepts se produisent automatiquement et à une telle vitesse que même un adulte entraîné n’est pas en mesure de déchiffrer, même dans une faible mesure, les signaux visuels dont elles sont issues.

Les tenants de la théorie classique de la perception pensaient que la plupart des percepts sont dérivés de ce qu’ils appelaient l’« inférence inconsciente de sensations inaperçues ». C’est seulement en face d’une illusion ou de signaux visuels qui prêtent à confusion (par exemple, des voitures et des maisons vues d’avion ont la taille de jouets) que l’on prend conscience de telles sensations et de l’organisation des percepts. Une grande part de la recherche expérimentale sur la perception consiste à tester des sujets avec du matériel illusoire afin d’essayer de dissocier les unités perceptuelles individuelles de l’ensemble du processus.

Gestaltisme

Devenue populaire au lendemain de la Première Guerre mondiale, le gestaltisme propose d’appréhender la perception non pas en analysant des unités isolées comme les différentes sensations, mais en considérant la totalité des formes (allemand « Gestalten ») des processus mentaux. Dans cette optique, la véritable unité de perception est la forme, structure mentale qui tient ses attributs de la structure correspondante des processus cérébraux. Les expériences menées par les tenants de la Gestalttheorie ont montré que la perception de la forme ne dépend pas de la perception des éléments individuels qui la composent. Ainsi, la forme carrée peut-elle être perçue dans une figure faite de quatre lignes rouges ou de quatre points noirs. De même, l’esprit appréhende la musique non pas comme un composé de notes distinctes produites par divers instruments et voix mais d’après des lois d’organisation qui font que l’individu perçoit une unité organisée homogène du début à la fin.

En dépit des importantes contributions du gestaltisme dans le domaine des processus d’apprentissage et de création, les compte rendus introspectifs sur lesquels il se fondait étaient trop subjectifs pour avoir vraiment valeur de science. De plus, les « processus physiologiques innés » auxquels les gestaltistes attribuaient leurs lois d’organisation ont été très critiqués.

Recherches Et Points De Vue Actuels

Depuis le début des études sur la perception, les psychologues ont cherché à scinder le processus perceptif selon une ligne de partage inné-acquis. Les expériences montrant que des animaux ou des enfants en bas âge prenaient peur devant des « précipices optiques » étaient censées démontrer que la perception de la profondeur est innée. À travers d’autres expériences similaires, destinées à démontrer les capacités innées, les gestaltistes se sont efforcés de calculer les proportions innées et acquises du comportement perceptif.

Depuis une époque récente néanmoins, nombreux sont les psychologues à avoir pris conscience de l’absence de scientificité de cette approche dichotomique, de surcroît peu apte à faire évoluer la recherche sur la perception. S’inspirant davantage de la théorie classique, ils affirment que la capacité perceptive provient de l’aptitude de l’animal ou de l’homme à organiser la totalité de son expérience, donc à inclure les nombreuses expériences de la croissance physiologique qui précèdent ce qui est communément considéré comme l’expérience formelle d’apprentissage. En fait, c’est par de multiples expériences antérieures qu’animaux et humains apprennent en quelque sorte à apprendre.

Des chercheurs en psychologie expérimentale ont fait récemment une découverte qui offre quelque espoir d’élucider le mystère de la perception. Ils ont révélé que certaines cellules rétiniennes et nerveuses des amphibiens et des mammifères sont capables de reconnaître des formes et des mouvements spécifiques dans l’image rétinienne, et non pas seulement de réagir à une certaine quantité d’énergie lumineuse réfléchie par les objets. De telles cellules nerveuses et rétiniennes répondent à des formes particulières comme celles de disques ou d’anneaux, à des mouvements particuliers d’objets et à la stimulation simultanée de cellules situées au même endroit dans la rétine de chacun des yeux.