Qu’est-ce que l’émotion ? Comment la canaliser ?

dialogue-interieurL’émotion est une réaction à un événement se manifestant par des modifications physiologiques qui stimulent l’individu et le préparent à agir.

L’émotion, une expérience complexe

La classification adoptée en 1872 par Charles Darwin dans l’Expression des émotions chez l’homme et l’animal permet d’organiser les états émotionnels en neuf émotions dites primaires : la joie, l’intérêt-excitation, la surprise, la tristesse, la colère, la peur, le dégoût, le mépris et la honte. Toutes ces réactions émotionnelles s’accompagnent de modifications physiologiques quantifiables (variations du pouls, augmentation de la température corporelle, sécrétions hormonales, troubles gastriques et intestinaux, etc.). Ainsi, la colère entraîne une accélération du rythme cardiaque ; la peur peut provoquer des syndromes aigus de tremblements ou de perte de la parole, ou bien être dissimulée derrière une apparente tranquillité.

Jusqu’au xixe siècle, les émotions sont considérées comme des troubles de la conscience, entraînant des désordres organiques. En 1884, William James ouvre le champ moderne de la psychologie et de la physiologie des émotions en renversant cette vision : selon lui, c’est l’émotion qui est la conséquence de la perception, par l’individu, des changements physiologiques. Les sensations corporelles et les réactions physiologiques servent d’alerte à l’individu : elles l’informent immédiatement d’un changement dans l’environnement, qu’il va chercher — ou non — à modifier pour retrouver son état psychologique antérieur. Des thèses ultérieures, en particulier celle de Walter Cannon en 1927, tentent de replacer le vécu conscient, le phénomène cognitif à l’origine de l’émotion. Désormais abandonnées, ces approches dualistes ont laissé la place à une définition présentant l’émotion comme un mode de comportement, une conduite globale se caractérisant par la coexistence de nombreuses composantes : une expérience cognitive, des changements physiologiques (manifestations neurovégétatives, hypertonicité motrice), des modifications de l’expression faciale (modelées par le milieu social et culturel)…

Utilité de l’émotion

L’émotion permet d’abord à un individu d’évaluer une situation : l’événement est-il positif ou négatif, important, attendu, conforme à ses pensées ? Grâce à l’émotion ressentie, il analyse de manière involontaire et automatique les informations propres à l’événement.

Si les émotions permettent d’évaluer la situation, elles sont aussi utiles à la préparation de l’action, depuis la réponse physiologique et musculaire jusqu’à celle de la pensée : l’éloignement ou la protection en cas de peur, la soumission en cas de honte, l’agressivité en cas de colère.

Les situations émotionnelles éprouvées sont ensuite mémorisées, ce qui permet de ressentir à nouveau l’émotion à chaque évocation ou souvenir. L’ensemble de ce processus amène l’individu à intégrer le changement personnel provoqué par l’événement et la forte émotion associée.

Au début des années 1990, fort des développements des neurosciences et de l’imagerie médicale, le neurologue américain Antonio Damasio développe une théorie sur le rôle des émotions en étudiant des patients atteints de lésions cérébrales et privés de réactions émotionnelles. À l’opposé de la vision de Descartes, cette théorie repose sur l’idée que les émotions ne sont pas un obstacle à la raison, qu’elles lui sont même nécessaires (l’Erreur de Descartes, 1995). Plus précisément, elles aident à prendre des décisions appropriées ; la peur permet d’éviter les risques, la colère de surpasser les obstacles, etc. Les émotions constituent ainsi des ajustements permanents à l’environnement.

L’émotion joue également un rôle social très important. En effet, une fois l’émotion dissipée, l’individu a une forte propension (entre 80 et 95 p. 100 des épisodes émotionnels, négatifs ou positifs) à raconter l’événement et l’émotion ressentie à son entourage. Ce partage social des émotions ne sert pas à diminuer la tristesse ou à renforcer la joie ressentie. Il a pour principale conséquence de renforcer les liens sociaux et d’alimenter l’affection réciproque entre proches.

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