Tu te crois en possession de la vérité ? Tu en es sûr(e) ?

image-véritéLa vérité est que, à une époque aussi tourmentée comme la nôtre, tout le monde croit posséder la vérité. Néanmoins, il est clair que la vérité existe et que parmi tous ces gens qui la revendiquent en acte ou en parole, en silence ou expressément, la vérité existe bien quelque part. Mais de quoi parle-t-on vraiment ? La vérité, comment y accéder ? Où se loge-t-elle ? Où est l’orgueil dans tout ça? Bien de questions à explorer dans cet court article.

La vérité n’est pas forcément intellectuelle

Généralement, il est supposé que les facteurs qui influencent la pensée sont uniquement d’ordre cognitif ou intellectuel. Le manque de vision de ce point de vue est évident. La « compréhension » n’est pas logée dans un compartiment étanche du cerveau, elle est, au contraire, connectée aux éléments divers de la connaissance, qui sont en étroite relation avec elle et avec l’individu dans sa totalité.

Le grand poète italien Dante Alighieri nous parle, par exemple, de la maladie de l’orgueil. Ceux qui en souffrent sont, selon lui, « tellement prétentieux qu’ils pensent détenir la vérité, et c’est pour cela qu’ils affirment des choses comme étant vraies, alors qu’elles sont la plupart du temps erronées ».

Le pire, c’est que tout ce qui leur plaît ou tout ce qui les satisfait est jugé comme vrai et le reste considéré comme faux. C’est pour cette raison que ces personnes-là n’apprennent jamais rien. Elles sont tellement convaincues d’en savoir tant ! Alors, pourquoi vouloir apprendre quoi que ce soit ? Elles ne posent jamais de questions parce qu’elles pensent que les autres ne peuvent rien leur apprendre. Elles n’écoutent jamais les autres, mais elles aiment qu’on leur pose des questions, et déjà, avant que la question soit formulée, elles se précipitent pour donner une réponse erronée.

Par conséquent, il va sans dire que le caractère conditionne considérablement l’efficacité intellectuelle.

Le mathématicien et scientifique britannique Charles Babbage, était conscient, lui aussi, du rôle important que joue le caractère dans la vie intellectuelle. Babbage nous explique que si un père confesse à son enfant qu’il ne peut pas répondre à sa question, l’enfant va automatiquement prendre conscience de l’importance de ce que son père peut lui dire, parce que le père a surmonté les deux plus grands obstacles à l’acquisition du savoir en étant conscient  d’ignorer la réponse et d’avoir eu le courage de le reconnaître.

Augustus De Morgan, mathématicien et logicien anglais né en Inde, évoque un incident qui illustre un peu une idée analogue: l’un de ses disciples était allé à Cambridge, où le professeur chargé de sa formation lui demanda de résoudre une équation cubique; le jeune homme résolut l’équation en quelques minutes en utilisant la méthode de Horner, qui était très populaire à Londres à cette époque. C’était là où De Morgan enseignait :

  • « Comment? » exclama son tuteur. «  Une équation cubique, ça ne se résout comme ça, vous le savez aussi bien que moi! »
  • « Eh bien, tenez, voici la solution professeur. » répliqua le disciple de De Morgan.
  • « Oui » répondit le tuteur, «  la réponse est bonne, certes, mais on ne peut pas résoudre une équation cubique en si peu de temps! ».

Alors, le tuteur commença lui-même à résoudre l’équation en suivant une méthode dix fois plus longue et compliquée, et, à la fin, il s’exclama triomphalement:

  • « Ça y est, je l’ai! Voilà comment on doit résoudre une équation cubique! ».

Alors, cher lecteur, ne pense pas que les prétentieux et les maladroits soient les seuls à présenter ces traits de caractère. Les hommes de science qui consacrent leur vie entière à la recherche de la vérité ne sont pas toujours des modèles de vertu. Le physicien et philosophe autrichien Ernst Mach eut certainement de profondes raisons pour se plaindre comme il le fait des savants présomptueux:

« Des pédanteries frivoles et des discussions absurdes, l’appropriation astucieuse des idées des autres, dans le silence perfide de leur provenance, la dysphagie métaphorique à l’heure de démontrer de la reconnaissance quand besoin est, et l’illumination déformante des succès quand ceux-ci sont évoqués, sont des faits qui démontrent bien jusqu`au bout, que les érudits et les scientifiques doivent se battre aussi pour la vie, que les chemins de la science sont insatiables et que la recherche de la connaissance reste toujours en elle-même un idéal qui n’a pas été atteint dans notre condition sociale actuelle. »

Même un penseur aussi audace qu’Isaac Newton refusa une interprétation scientifique qui allait à l’encontre du sens littéral de la Bible ! De grands penseurs et artistes ont insisté souvent sur la valeur de la mobilité et de l’agilité intellectuelle, des qualités complètement contraires à l’ankylose (engourdissement) et à la mécanisation routinière de l’esprit.

Il existe un certain danger à vouloir rester trop près de nos propres idées

image-vérité-personnelleLes personnes qui sont obstinées sont comparées à une poule couvant des œufs cuits. Cette affirmation récente qui, vue de cette perspective, nous donne une certaine distinction physique, nous assure que l’attachement exagéré à une théorie préconçue peut nous faire passer outre les nouveaux détails qui sont de grande importance au cours de toute observation. Il est indubitable que le manque de flexibilité à l’heure de donner une opinion peut nous empêcher de saisir tous les paramètres d’une opinion harmonieuse.

L’amour est aveugle, pour la science, c’est la même chose que dans la vie de tous les jours. Plus une théorie se transforme en affirmation, plus ses erreurs et ses imperfections peuvent échapper à l’esprit de celui qui affirme détenir la vérité.