Chez le timide maladif, la sensation l’emporte sur la perception

Dans l’article précédent, on a vu que lorsqu’on est timide maladif, on a une humeur hyper volatile, changeante, instable et contradictoire. Cet état nous jette dans une incertitude totale au quotidien. Mais, en y voyant de plus près on pourrait y trouver une double raison de se rassurer contre la timidité.

Le timide maladif, jamais sûr de ses sentiments

En effet, on peut se dire d’une part qu’on ne connaît jamais bien les sentiments des autres, qu’on est réduit à les deviner et qu’on les devine mal, et par suite que c’est souvent à tort qu’on redoute leur antipathie; d’autre part, qu’on ne connaît pas mieux sa propre humeur, qu’on a souvent plus de courage qu’on ne croit, et qu’on se découvre à l’occasion une aisance sur laquelle on ne comptait pas.

image-vérité-personnelleMais ou le timide maladif ne raisonne pas du tout, ou il raisonne autrement. Il lui semble que s’il était fixé une bonne fois sur la sympathie ou l’antipathie des autres, il en prendrait son parti. Mais justement il ne peut jamais l’être, parce qu’il se laisse aller à ses impressions, parce qu’il ne juge pas ni ne raisonne, et que toujours chez lui, comme dit Stendhal, « la sensation l’emporte sur la perception ».

C’est pourquoi, le timide maladif, n’a jamais l’esprit en repos, parce qu’il dépend de l’opinion des autres, et qu’il ne juge de cette opinion que par des impressions légères et qui peuvent changer.

On n’a vu, dans l’article cité plus haut, que le timide maladif a par intermittence des moments d’extrême détente où sa il ne sent plus sa timidité, où sa timidité disparaît momentanément pour laisser place à une extrême confiance en soi, à une aisance exagérée ou non contrôlée dans ses conversations, etc.

Mais, le timide maladif ne jouit pas même pleinement de ces moments de détente où il est confiant, à l’aise, où il a de la verve et de l’entrain. Parce qu’il sent qu’il subira alors bientôt le caprice de son humeur. Il sait qu’il n’est pas dans une disposition à jamais acquise, dans un état vraiment naturel.

La timidité, comme dirait Pascal, est d’autant plus troublante qu’elle ne nous trouble pas toujours. L’insécurité complète consiste à se défier de soi-même et des autres, sans savoir au juste sur quoi se fonde cette défiance et jusqu’où elle doit aller. Lorsqu’il prend conscience de la mobilité de son humeur, le timide maladif doit se sentir aussi plus malheureux qu’en pleine crise d’intimidation : il découvre en effet alors la cause profonde de son mal, il en mesure l’étendue. Il conçoit comme toujours possible le retour de ses folles et insurmontables angoisses, il perd toute foi en lui-même.

Mais n’étudions pas encore cette aggravation de la timidité qui naît des réflexions que le timide fait sur lui-même.

La timidité maladive, une frayeur anticipée ou rétrospective

Etant donné que la timidité est une forme de l’humeur, il faut s’attendre à ce qu’elle se produise à n’importe quel moment. La timidité ne se résume pas seulement à l’appréhension causée par la vue des autres, mais elle est survient aussi suite une frayeur (peur intense et soudaine) anticipée ou rétrospective.

conversation-difficile-imageEn effet on est souvent timide avant l’heure, par crainte de l’être, par pressentiment. On est par exemple dans les transes au sujet d’une visite à faire. Or il se peut que l’entrevue redoutée a lieu, et ne cause pas d’émotion. C’est que la nécessité d’agir nous rend notre force et nos moyens, fouette notre courage. D’ailleurs les émotions s’épuisent la timidité n’est plus, n’a plus où se prendre, par cela seul que l’appréhension a été trop forte, ou seulement a trop duré.

En revanche, l’intimidation se produit quand on s’y attend le moins : on est déconcerté par des personnes qu’on abordait sans crainte; on est tout d’un coup et pour un rien saisi d’une émotion dont on ne peut se défendre; les jambes fléchissent, la vue se trouble, la parole s’embarrasse; on était tout flamme, et l’on se trouve glacé.

Après le beau temps, la pluie

Vous connaissez l’expression « après la pluie, le beau temps ». Eh bien chez le timide maladif, c’est très souvent le contraire.

En effet, il y a une timidité qui est la réaction du laisser-aller ou d’une trop grande aisance. Cette timidité est le mouvement d’effroi et de recul qui suit les coups d’audace, par exemple la honte qui succède à un mot trop spontané et trop vif, à un accès de naturel et à un emportement de franchise.

photo-penser-autresEn résumé, si l’on veut comprendre la timidité, il faut la considérer, non pas comme un fait distinct, en lui-même complet, mais comme une particularité accidentelle de l’impressionnabilité ou de l’humeur. La timidité n’est pas une entité morbide, mais un symptôme ou un effet d’une maladie du vouloir et des sentiments.

Elle est la défaillance soudaine et passagère d’un tempérament nerveux, porté à l’extrême; elle est liée à l’élan, à l’audace, à la confiance et à l’entrain; elle est la réaction de ces états.

Enfin, je le répète encore une fois, la timidité n’est point un caractère, mais une disposition, et une disposition variable. Elle apparaît chez les personnes douées d’une sensibilité ardente, déréglée, et d’une volonté faible.

Il n’existe pas d’état naturel de timidité, mais il n’y a que des accès d’intimidation.

Autrement dit, on ne naît pas timide, on le devient. Et de la même manière, on peut s’en défaire.

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