Mécanisme de la timidité: un trouble moteur ou trouble psychique ?

Ce court article pour aborder la suite essentielle des articles de cette longue série d’articles consacrée à l’étude approfondie de la timidité. Si vous venez de commencer directement cette page, vous pouvez lire l’article fondamental de la série sur cette page.

image-vision-chosesIl est très important de connaître le mécanisme de la timidité, si l’on veut comprendre sa nature. Quand on sait par quels actes la timidité se traduit, on n’est pas loin de savoir pourquoi elle se produit.

De ce point de vue on trouve d’abord une confirmation nouvelle de l’analogie signalée dans cet article cité ci-dessus entre la timidité et l’aboulie (paralysie des mouvements) : les deux phénomènes sont soumis à une même loi.

L’aboulie  et la timidité

L’aboulie atteint les « mouvements ordonnés », et respecte « les mouvements instinctifs »

De même la timidité entrave les actes réfléchis, proprement volontaires, mais ne dérange point l’exécution machinale des actes habituels. Ainsi celui qui a l’habitude du monde pourra être, dans un salon, intérieurement gêné, et cependant s’y mouvoir à l’aise; il pourra trouver et dire les compliments obligés; il soutiendra fort bien une conversation banale; il aura une attitude correcte; mais il lui arrivera de se retirer sans avoir osé aborder la question qui faisait l’objet de sa visite.

Au contraire, le timide à la façon de Rousseau, celui qui manque «d’habitude», sera extérieurement gauche, empêtré et stupide; mais il pourra être aimable, éloquent et spirituel, si le sujet de la conversation l’intéresse, si les personnes qui l’entourent lui plaisent et arrivent à le dégeler.

Dans les deux cas, c’est la volonté fortement organisée, celle que soutient la nature ou qu’a façonnée l’habitude, qui produit l’aisance.

Il suit de là que la timidité est une gaucherie spéciale. La gaucherie en général ne porte pas exclusivement en effet sur les mouvements volontaires : il y a la gaucherie de l’enfant, ou maladresse des mouvements naturels, et la gaucherie du paysan et du lourdaud, ou maladresse des mouvements habituels.

Lorsque l’habitude se heurte à la timidité

La gaucherie du timide est tout autre elle est celle des mouvements qui ne sont plus naturels et qui ne sont pas encore définitivement acquis, c’est-à-dire des mouvements proprement volontaires.

D’autre part, comme le caractère des actes de l’instinct et de l’habitude est d’être automatique ou aveugle, on pourra définir la gaucherie de l’enfant et du lourdaud comme une timidité qui s’ignore, la gaucherie du timide, ou maladresse des mouvements volontaires, étant par opposition la gaucherie consciente.

En résumé la timidité n’est pas la gaucherie, puisque la gaucherie se rencontre sans la timidité elle n’est pas non plus une idée, une autosuggestion pure, puisqu’elle

ne va point sans la gaucherie ou stupidité; elle renferme toujours et nécessairement un élément moteur et un élément psychique; et ces deux éléments sont d’égale importance, et ne peuvent être qualifiés, l’un, de phénomène, l’autre, d’épiphénomène.